Source : @estermanas

S’ils ne peuvent pas changer le monde, nous allons le faire”. Tel est le slogan de la marque bruxelloise émergente Ester Manas, qui a rejoint le calendrier officiel de la Fashion Week de Paris, en septembre dernier.

Créée par Ester Manas et Balthazar Delepierre, la marque se veut durable et inclusive et innove en créant un vestiaire en taille unique, permettant d’habiller chaque femme, chaque morphologie indifféremment du 34 au 50. Petit voyage au cœur de cette maison qui souffle un vent de révolution bienvenu dans le monde ultra standardisé de la mode.

Ester Manas et Balthazar Delepierre (source : Ester Manas)

Au lancement : le constat des limites d’une industrie

Après un début de cursus dans l’art aux Ateliers de Sèvres, la jeune styliste Ester Manas s’oriente vers l’école de mode renommée de Bruxelles, La Cambre. Sa vision de la mode est construite par des constatations personnelles sur les limites du milieu : “Étudiante, je ne comprenais jamais pourquoi le corps à habiller dans les écoles de mode était toujours celui d’une extrême minceur, lisse, présenté comme une norme mais qui ne me ressemblait ni à mes amies ni à moi.” (source : ChEEk

Faisant elle-même du 44, elle voyait les tailles s’arrêter au 40 dès lors que l’on s’aventurait dans le premium et le luxe.

Elle s’est donc mise à dessiner des vêtements extensibles, simples et élégants, qu’elle voulait adaptables à toutes les silhouettes et est sortie major de sa promotion avec sa collection « Big Again ». Après avoir travaillé au sein de maisons prestigieuses (Balenciaga, Paco Rabanne, Acne Studios) Ester Manas s’associe avec Balthazar Delepierre, rencontré sur les bancs de l’école.

Développement : de la célébration de la grande taille à l’enjeu de la taille unique

En 2018, le duo qui dessine à quatre mains les collections, enchaîne les succès. Ils remportent le Design Award d’H&M, puis le prix Galeries Lafayette au Festival d’Hyères. Ils sont alors invités à réaliser pour le grand magasin parisien en 2019 une collection capsule. Nommée “Fashion for All” cette collection dont le slogan est « make fashion big again » célèbre, en particulier, les corps dits « grandes tailles », auxquels elle veut donner fierté, confiance et sensualité.

Source : @estermanas

Pour ce faire, la marque développe une série de pièces en taille unique pouvant habiller les morphologies du 34 au 50. Cette expérience marque le point de départ pour repenser le projet de la marque vers la taille unique.

“Ce n’est pas le corps qui doit se plier au vêtement”, affirme ainsi Ester Manas. (source : Fashion Network)

Une révolution en marche : quand l’inclusivité conquit la Fashion Week

source : @estermanas

Le duo se sert des contraintes même de la construction de vêtements pour designer leur créations : celles-ci s’adaptent aux différentes tailles grâce à des matières et coutures élastiques et extensibles, des systèmes de serrage élaborés, des coupes et des structures spécifiques avec jeux de laçages, ceintures, boutons et autres drapés.

“Les compétences en modélisme sont évidemment cruciales pour ce que nous proposons. Coupes oversize qui se resserrent grâce à des astuces, cordons aux endroits clés de la silhouette, soit sous la poitrine, à la taille et aux hanches, fronces « doublement » extensibles…” déclare Ester Manas. (source : Fashion United)

Une vision “fonctionnelle” du vêtement, encore rare dans l’industrie du luxe. Et pourtant, après avoir été sélectionnée au concours Louis Vuitton en février 2020, la marque défile à la Fashion Week de Paris.

Son entrée au sein du club très prisé des grandes maisons de mode autorisées à défiler, constitue un pas important pour la visibilité d’Ester Manas. C’est également un tournant dans l’industrie standardisée de la mode via la représentation d’une nouvelle diversité des morphologies. Avant Ester Manas, jamais des vêtements en taille 50 n’avaient été présentés à la Fashion Week de Paris. Faut-il y voir une simple tentative de la part de ses organisateurs de se parer d’une image plus égalitaire ou une véritable impulsion de changement dans un univers ultra codifié ?

source : @estermanas

“Quand on a créé la marque, explique la créatrice, c’est la question qu’on se posait. Est-ce que les gens nous sélectionnent parce qu’ils aiment notre proposition ou parce qu’on est l’argument marketing positif ?” (source : Huffpost)

Mais le succès de la collection présentée, les retours de ventes et le soutien de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode lui font penser que les mentalités évoluent bel et bien. Un succès à la hauteur des ambitions de la créatrice : “mon ambition, c’est de sortir de la standardisation des corps, proposer des pièces qui bougent avec la femme et l’accompagnent toute sa vie.” (source : France Info)

Rétablir l’égalité en proposant un accès à la mode à toutes les femmes

source : @estermanas

« Le but, c’est que nous soyons toutes logées à la même enseigne », confie la créatrice. Avec son concept de « One size fits all », Ester Manas souhaite libérer les femmes du “complexe” de la taille et faire évoluer les mentalités. En effet, en retirant tout chiffre de l’étiquette, la marque combat la comparaison entre femmes qui pouvait rapidement se transformer en compétition. « Deux filles de corpulence différente peuvent désormais piocher le même vêtement sur le même portant. Il faut que la mode arrête de dire qu’il y a une élite corporelle. Si on se sent fabuleuse, qu’on porte du 34 ou du 46, qu’est-ce que ça peut faire ? », s’insurge-t-elle. (source : Antidote)

Dans cet objectif d’inclusivité, chacune des pièces produites par la marque est photographiée sur deux types de morphologies : une taille 36 et une taille 44-46, pour que l’acheteur se rende compte que le produit s’adapte et va aussi bien aux deux.

Un engagement éthique et écologique pour une mode durable

 « Le principe de la taille unique, que j’ai appliqué aux Galeries Lafayette, est devenu l’ADN de ma marque. Non seulement cela permet de proposer un produit inclusif s’adressant à toutes, mais c’est également une mode durable au premier degré, car elle génère beaucoup moins de gaspillage, aussi bien pour nous dans la production que pour les détaillants qui n’auront pas le problème des tailles, sans oublier la cliente finale qui va trouver un vêtement adaptable à tout âge capable de l’accompagner sur le long terme », explique Ester Manas (source : Fashion Network)

source : @estermanas

Cet aspect profondément durable de la mode proposée par Ester Manas se retrouve dans tout son processus de production. En termes de sourcing, 80% des tissus proviennent de stocks belges ou français de fin de séries de grandes maisons qui étaient destinés à être jetés. Le reste ? Du polyester fabriqué à partir de bouteilles recyclées, des cotons d’Italie et des imprimés développés aux Pays Bas.

La production est ensuite locale. Les prototypes sont conçus dans leur studio, à Bruxelles, et les pièces sont cousues dans un atelier de réinsertion professionnelle dirigé par des femmes, découvert à deux pas de leur studio.

source : @estermanas

En plus de son caractère inclusif révolutionnaire, Ester Manas est un marque profondément éthique qui propose une fabrication locale dans des conditions conformes à ses valeurs, pour des créations précieuses qui tiennent dans le temps, s’adaptent aux corps et à leurs nombreuses évolutions.

“Je voue un énorme culte aux femmes et je pense que défendre tous les corps, et plus largement la fierté de chaque femme, est une démarche politique qui dépasse la mode!” déclarait Ester Manas. (source : Les Inrocks)

Différente, durable et inclusive, Ester Manas est unique en son genre. Un nouveau souffle révolutionnaire, qui fait le plus grand bien au monde de la mode.

ALEXANDRA HOSTIER
ASSISTANT EDITOR

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