Rencontre avec Fanny Garnichat, Collage Artist et Set Designer.

Edouard Keller – Managing Director du Groupe Carlin International : Bonjour Fanny, pour commencer, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Fanny Garnichat – Collage Artist & Set Designer : J’ai obtenu un master en Direction Artistique et Communication visuelle il y a quelques années. De cet enseignement des arts graphiques et cette culture de l’image j’ai eu besoin d’un grand recule. Réfléchir aux impacts et au sens des images, à leur opulence et cet envahissement perpétuel dont nous faisons l’objet. Il m’a aussi été vital de m’éloigner de la digitalisation et la robotisation croissante du monde, pour revenir à une pratique en phase avec mes aspirations. Le collage été la plus belle rencontre que j’ai faite. Aujourd’hui je travaille comme artiste auteure et je suis également set designer pour des décors photos et vidéos. Je déconstruis et construis des images.  

E.K : Comment et pourquoi vous êtes-vous orientée vers le collage ?

F.G : J’ai toujours cru à la puissance du langage des images. Le collage (me) permet un dialogue universel, au delà des mots, c’est quelque chose que je trouve très puissant. Il met en lumière ma digestion du paysage visuel et me permet de parler des mondes qui m’habitent. Ce que j’aime particulièrement avec le collage, c’est la franchise et la prise de décision qu’il implique : découper des images, des photographies, c’est choisir de ce dont on se sépare, et ce que l’on garde, et enfin ce qu’on en fait. Coller les éléments entre eux, c’est aussi accepter qu’ils restent ici et maintenant, et que le reste de l’image disparaisse en quelque sorte. Je vois le collage comme archive de la mémoire.
Au fur et à mesure des années et de mes créations, je réalise une immense collection de tout ce qui a pu me marquer et m’inspirer parmi la multitude d’images que j’ai rencontré.

Fanny Garnichat

E.K : Quelles sont vos inspirations ?

F.G : J’aime le foisonnement, l’abondance et l’intrigue. Mes inspirations sont très variées, ce que j’aime avant tout c’est rêver et être transportée. Le point de départ de mon travail est très souvent un détail qui me capte dans une image, cela peut être une nuance, une partie de corps, une texture, qui me porte sur le début d’une histoire que j’ai envie de raconter. J’ai un rapport très fort aux images et aux couleurs, certaines me rendent totalement obsédée et résonne en moi.
J’aime créer des mondes, des puzzles dans lesquels chacun.e peut voyager et être enivré. 

E.K : Comment définiriez-vous vos œuvres, qu’est-ce que cette technique vous apporte ?

F.G : Mes collages sont des puzzles surréalistes dans lesquels s’entremêlent délicatesse et tensions. Mon travail est un mélange de particules concrètes et de fragments abstraits. Il témoigne de mon obsession pour les formes, les couleurs et de ma fascination pour les détails. J’aime enivrer le regard, déconditionner l’esprit, dans une vague visuelle organique dense qui questionne le regard que l’on porte aux éléments une fois sortis de leur contexte initial. Je cherche les rencontres, la confrontation et l’ambivalence dans les fragments que je découpe et les compositions que j’en fais. Travailler avec les images existantes est un jeu de déconstruction et reconstruction inépuisable. L’infinie possibilité de combinaison et d’association que permet le collage me fascine, c’est aussi génial que vertigineux.

J’ai un besoin cruel de quitter la représentation, la maîtrise du figuratif, pour retourner à un instinct primaire.

E.K : Quelles émotions recherchez-vous à partager lors de la réalisation de vos œuvres ?

F.G : La nuée d’images toutes faites et finies qui nous submerge dans les villes nous presse à voir une réponse toute donnée des choses, en nous faisant perdre notre propre évasion. Je souhaite qu’on prenne le temps de contempler à nouveau et questionner le regard que l’on porte aux éléments qui nous entourent. 

J’ai un besoin cruel de quitter la représentation, la maîtrise du figuratif, pour retourner à un instinct primaire. Regarder une forme, un détail, une couleur pour ce qu’elle est et ce qu’elle nous procure. Reconnaître la beauté d’une image d’une chose banale, voire triviale, une marchandise, la libérer du message dont elle était prisonnière, qui l’instrumentalisait, pour tenter de la regarder à nouveau pour ce qu’elle est plastiquement.

J’explore la vibration entre les images, les contradictions dans les textures, la perte de repère dans la dynamique des formes. J’aime jouer avec l’ambiguïté et la frontière mince de certaines notions : le poétique/le monstrueux, le sensuel/l’écoeurant, l’abondance et l’espace…

E.K : Pouvez-vous nous dire quelques mots concernant votre rapport à la couleur ?

F.G : La couleur est déterminante dans mon oeuvre et dans ma vie, elle est mon prisme d’appréciation des choses dans tous les domaines. J’ai une relation très obsessionnelle aux couleurs et aux nuances, je cherche toujours les associations parfaites, les correspondances. 

Les couleurs traduisent une humeur ou une énergie qui me traverse. Elles ont pour moi une puissance et une évocation immense, elles me racontent des histoires, des sensations, des émotions, que je mets en forme dans mes collages.

E.K : Comment travaillez-vous votre palette de couleur ?

F.G : Les couleurs avec lesquelles je travaille sont très nombreuses, ma palette se compose au gré des images que je collecte. Je travaille principalement avec des couleurs vives et intenses, j’aime la vie et l’énergie qui les habitent. Comme un peintre qui choisi ses pigments, je classe méthodiquement chaque couleurs que je découpe dans une boîte dédiée, étiquetée ensuite dans ma bibliothèque. Lors de mes compositions je peux alors choisir précisément mon nuancier.

E.K : La couleur du mois d’Octobre 2021 chez Carlin sera le RACING RED (RVB : 225-43-41). Que vous évoque-t’elle ?

F.G : Le RACING RED est une couleur puissante. Au premier regard, j’y trouve un dynamisme évident, il y a même quelque chose de l’ordre de l’acidité qui ressort de cette couleur. Mais si on la regarde attentivement, il y a dans ce rouge, une note de rose-orangé qui la rend douce. Le RACING RED m’évoque les nuances des coraux et de certains fruits acidulés.

Fanny Garnichat

E.K : Vous connaissez l’expertise tendances de Carlin et nous trouvons votre travail très « dans l’air du temps ». Sauriez-vous l’expliquer ? 

F.G : Je travaille beaucoup avec les images contemporaines, glanées dans des sources variées, cela peut être aussi bien dans des prospectus de grandes surfaces, que dans des magazines de mode. Ces images témoignent de notre époque et de son paysage visuel. En les utilisant comme base de travail je participe en quelque sorte à un état des lieux de notre environnement visuel, ou tout du moins au regard que je lui porte.

E.K : Et, dans le futur, souhaiteriez-vous aller encore plus loin dans votre démarche ?

F.G : J’aimerais travailler davantage avec d’autres artistes contemporains, des photographes, des danseurs, mais aussi des sociologues. J’ai envie d’explorer le sens des images d’aujourd’hui et les représentations, j’aimerais questionner avec eux notre rapport à l’existant et l’empreinte visuelle de ce que l’on laissera…
Je me demande souvent : de quelles images nous souviendrons nous ?

E.K : Quel serait votre projet de rêve ?

F.G : Je souhaite avant tout continuer de vivre de ma passion au contact de personnes inspirantes et audacieuses.
J’espère que mon travail pourra un jour servir des causes universelles, au delà des frontières et m’amener à faire des rencontres riches et inattendues.

E.K : Quel rôle a joué la Covid dans votre réflexion et sa mise en action ?

F.G : La Covid a été un temps de recul et de calme très particulier. Comme beaucoup, j’ai réalisé à quel point j’avais besoin de m’évader et de me nourrir des arts et à la culture en générale.
Cela m’a donné un rythme de création plus lent et isolé, c’est un moment qui a été intéressant dans l’exploration de ses propres limites et de ses propres ressources.

E.K : Souhaitez-vous aborder un autre aspect ?

F.G : J’aimerais donner d’autres dimensions à mes collages. Travailler sur de grands formats et en volume pour donner encore plus de matérialité à mon travail.  Je travaille aussi à l’animation de mes collages, pour leur donner du mouvement et de la vie. J’ai beaucoup de pistes, tout cela est très excitant !

E.K : Avant de vous quitter, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour les mois à venir ?

F.G : Des rencontres : des collaborations avec des galeries internationales, des marques engagées, des musicien.nes et des projets en grand dans le monde entier.

E.K : Fanny, merci pour votre partage !

CONTACT

Pour découvrir son travail, rendez-vous sur son compte Instagram @fanniglue ou sur son site internet

EDOUARD KELLER
MANAGING DIRECTOR

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