Edith Keller – PDG du Groupe Carlin International : Bonjour Magali Lancien, vous avez créé l’association French Craft Guild. Pouvez-vous nous raconter ce qui a motivé cette initiative ?

Magali Lancien – Déléguée Générale chez French Craft Guild : Je ne l’ai pas créée seule ! Nous sommes avant tout un collectif, que j’ai le plaisir de représenter et d’animer aujourd’hui. Cette association, c’est d’abord le besoin de compenser un déséquilibre flagrant : les détenteurs de savoir-faire d’excellence ne sont pas reconnus comme des acteurs innovants – voire le contraire. Or, pour beaucoup d’entre eux, non seulement ils innovent, mais ils contribuent en retour à nourrir et redéfinir notablement la notion d’innovation vers un système à taille humaine, au rythme juste. Ce n’est pas un terme facile à employer dans ce milieu, beaucoup de vieux schémas perdurent, mais nous constatons que la crise sanitaire a favorisé cette appropriation et ouvert les esprits à cette idée. Les techniques et technologies changent, de plus en plus vite, des enjeux émergent, les sociétés évoluent… Même s’il est souhaitable de ralentir cette accélération, on doit avancer et intégrer les nouvelles donnes. Les acteurs du Craft ont une réponse essentielle à apporter à cela, et un rôle à jouer déterminant.

Magali Lancien – Déléguée Générale chez French Craft Guild

E.K : Quelle est aujourd’hui la principale mission de cette association ?

M.L : La French Craft fédère et valorise les créateurs qui allient Savoir-Faire, Innovation, Créativité et Design. En utilisant notre patrimoine culturel immatériel comme levier d’innovation et donc de plus-value, ils contribuent à l’attractivité et l’image de la France, de ses entreprises, ses marques, ses territoires, ses produits, dans tous les secteurs d’activité. On parle beaucoup d’intelligence collective, et c’est sans doute un peu cela. Nous aimons plus l’idée de « faire corps » au sens propre comme figuré. Où tous les membres – ou organes – sont interdépendants les uns des autres, dans un ensemble qui se veut cohérent pour accomplir ce qui doit l’être. Pour réfléchir mais surtout agir. Nous espérons faciliter et soutenir la prise de conscience de l’existence de ce « corps », de son potentiel, de ses capacités, à travers une démarche inspirée et inspirante, au service d’un Progrès redevenu éclairé.

Lucile Viaud – Tissage de verre

E.K : Le made in France et le savoir-faire sont enfin redevenus désirables, et de nombreuses initiatives voient le jour, en quoi French Craft Guild se différencie-t-elle ?

M.L : La French Craft s’inscrit pleinement dans cette redécouverte de nos atouts, et plus largement que le Made in France, la notion de Marque France. Ce travail remarquable a permis de positionner la France en termes de forces et d’opportunités pour notre économie et qui font notre différence sur un marché international. Sans surprise, ce qui fait la différence, en France, c’est la capacité d’imagination. L’association est alignée sur ce constat et si par différence, on entend expertise et complémentarité, alors je dirais que c’est notre approche par l’innovation fait notre spécificité. Et pour appeler l’innovation, il faut la reconnaître, la désigner et encourager les passerelles entre les disciplines et les savoir-faire. C’est notre crédo et nous y œuvrons chaque jour.

E.K : Combien avez-vous de membres dans l’association ?

M.L : Nous sommes actuellement 19, fruit de vraies rencontres autour de ces sujets, nourris par l’envie d’y apporter une réponse commune. C’est une construction longue mais solide. Indispensable même, pour creuser un sillon profond et durable, au-delà des effets de mode ou d’annonce.

E.K : Vos membres appartiennent à différents secteurs, quels sont leurs points communs ?

M.L : C’est bien sûr l’excellence, c’est-à-dire la maitrise d’un savoir rare, de pointe, d’exception – très souvent rattaché à un territoire, un enracinement historique – tournée vers l’innovation. Mais ce Craft « à la française » relève aussi un état d’esprit. Elle s’incarne dans une communauté de créateurs et de valeurs, qui puise leur inspiration dans l’héritage artisanal et industriel français, et place l’humain au cœur de son succès. La valorisation du savoir-faire et savoir-être sont les clés de leur engagement.

Maison Tercecret

Maison Tercecret

E.K : Quelles sont les qualités indispensables pour vous rejoindre ?

M.L : En plus de l’engagement et de l’excellence, l’entraide. La créativité. Une certaine idée du bien commun, qui passe par l’ouverture, le partage et la curiosité.

E.K : Votre association est jeune, avez-vous déjà un beau succès à nous raconter ?

M.L : Survivre au covid ? Plus sérieusement, puisque la crise nous a permis d’asseoir notre propos et notre raison d’être, je dirais que c’est plutôt une prouesse : rassembler autour d’une même dynamique des savoir-faire différents, transverse aux disciplines, aux parcours, aux origines de chacun. Quand un studio d’animation dialogue avec une manufacture tisserande patrimoniale, c’est un seul et même langage, extrêmement actuel et fluide que l’on entend, et très vite les étincelles jaillissent avec des envies d’hybrider et d’expérimenter autour de projets inattendus.

Procédés Chénel

E.K : Vous êtes extrêmement enthousiaste, pourtant monter une action collective est compliquée, qu’est-ce qui vous porte ?

M.L : Nous sommes des convaincus, au moins d’une chose : si on ne tente rien, il ne se passe rien ! Il est vrai qu’en France, il est particulièrement difficile de changer de culture ou de système sans basculer dans une radicalité, qui vient vite exacerber les tensions latentes. Le changement devient alors un processus très long, mais trop luxueux aujourd’hui. C’est sur ce registre qu’agissent nos membres : plutôt que de perdre un temps précieux à pointer les dysfonctionnements, nous préférons réfléchir et avancer ensemble, penser et expérimenter des modèles viables pour tous, dès demain.

Supamonks Studio

Sophie – Drop Cake

E.K : Quels sont vos projets pour l’année à venir ?

M.L : Transformer cette période de crise en une opportunité pour encourager la créativité autant que le soutien à cette créativité. Décloisonner, déstratifier, démythifier… les passerelles doivent être bâties par-delà les cadres et les représentations d’un autre temps pour fertiliser les savoirs et les pratiques.  Nous dialoguons ainsi avec la recherche, le design ou l’ingénierie. Nous échangeons avec les marques. Et surtout, nous allons ouvrir bientôt une vitrine vivante des créations de nos membres, un showroom en ligne, pour commencer…

E.K : Votre objectif à 5 ans ?

M.L : Être une signature collective, ambassadrice du patrimoine créatif artisanal et industriel français, reconnue en France et dans le monde.

E.K : Quelle typologie de mécènes recherchez-vous ?

M.L : L’argent est indispensable, mais plus que cela nous cherchons des partenaires, avec lesquels nous partageons la même vision. La France ne sera jamais le pays du low-cost. Notre créativité est notre atout majeur, soutenue par un socle de connaissances et de pratiques uniques au monde. Pérenniser cet héritage est indispensable mais cela ne sera possible que par l’adaptation permanente de ces savoirs et la redécouverte d’une culture de l’innovation. Si vous partagez cette opinion, nous avons des choses à faire ensemble !

E.K : Merci Magali, vous débordez d’énergie et de générosité, merci de mettre ces qualités au service du collectif et de l’innovation artisanale française d’excellence. Nous vous aiderons de notre mieux !

M.L :  Merci beaucoup, ce sera un grand plaisir !

EDITH KELLER
PDG

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