Edouard Keller – Managing Director du Groupe Carlin International : Les Pénates, qu’est-ce que c’est ?

Maxime Sauvanet – Fondateur des Pénates : Les Pénates c’est une façon de repenser la façon de vivre sa retraite quand on est seul et encore autonome. Aujourd’hui, pour un senior dans cette situation, le choix est assez binaire entre le maintien à domicile et la Résidence Services Seniors (RSS). Même s’il existe d’autres alternatives moins populaires comme le béguinage, la famille d’accueil ou la cohabitation avec des étudiants pour lesquelles il y a des acteurs qui font un très beau travail. Nous avons beaucoup observé ce qui existait et fonctionnait à l’étranger et le coliving pour seniors m’a vite semblé être une évidence à développer.

Maxime Sauvanet – Fondateur Les Pénates

E.K : Quelle est l’histoire derrière ce projet, pourquoi avez-vous décidé de vous lancer sur ce créneau ?

M.S : L’histoire est assez simple. Mes parents sont à la retraite depuis très peu de temps et si je me projette dans un futur proche, je ne vois pas aujourd’hui de solution d’habitat pour eux et leurs amis qui pourrait leur convenir. C’est cette réflexion qui m’a amené à m’intéresser au monde de l’hébergement pour seniors, bien avant que tout soit accéléré par les différents confinements que nous avons connu et les nombreux seniors qui ont connu une forte solitude pendant de longs mois.

Donc que soit à l’ergonome ou l’architecte qui nous accompagnent, je leur demande de penser la maison comme si leurs parents devaient s’y installer demain.

E.K : Quelle est la principale différence de positionnement entre Les Pénates et une EPHAD « classique » ?

M.S : Nous ne nous positionnons pas par rapport à un EHPAD qui est médicalisé, avec beaucoup de personnel et qui vise avant tout à accueillir des personnes dépendantes. Nous sommes plus en concurrence avec les Résidences Services Seniors (RSS). Nous ne sommes pas médicalisés.

Nos principaux atouts et différences : des maisons à belle architecture, à taille humaine, toujours en centres-villes de communes de plus de 10 000 habitants et un design alliant contemporain, maison de famille et ergonomie. Nos habitants sont des seniors autonomes.

Les Pénates

E.K : Comment y est gérée l’approche médicale ?

M.S : Il est important de souligner une nouvelle fois que nos maisons ne sont pas médicalisées. En revanche, l’accès aux soins est facilité au sein des maisons Les Pénates. Un médecin généraliste de proximité est identifié. Un espace de consultation avec table d’examen est présent dans chaque maison. Il facilite ainsi la venue d’un médecin, d’un kiné ou encore d’une infirmière libérale.

Nous sommes également en discussion avec une société spécialisée en téléconsultation pour que nos habitants puissent bénéficier de ce service et que cela soit compris dans notre offre de base.

Des capteurs de chute et de changement de comportement sont également présents dans les maisons et nous permettent d’alerter les secours ou le médecin de proximité dans les plus brefs délais. Contrairement à d’autres établissements, nous avons opté de ne pas remettre de collier, montre ou bracelet anti-chute à votre arrivée aux Pénates que nous jugeons trop intrusifs. Nous préférons des capteurs discrets et intelligents.

Pour finir, nous sommes entourés de certains experts comme une psychologue clinicienne ou un ergonome. Ces personnes sont primordiales pour le confort de nos habitants, la préservation de leur autonomie et le bon fonctionnement de la communauté.

E.K : En quoi ce positionnement est aligné avec les attentes des seniors et leurs comportements ? Ainsi que ceux de leurs enfants (et petits-enfants) ?

M.S : Les seniors d’aujourd’hui et de demain ne sont pas les seniors d’hier. La génération qui arrive sur le marché de la retraite vient tout droit de 1968. Ils ont réinventé le mode de vie active et vont réinventer la façon de vivre la retraite. Ils ont été également les premiers à pouvoir voyager facilement, apprendre facilement, ont eu accès à une société de loisirs et de liberté, sont en meilleure santé et ont un pouvoir d’achat des plus importants en France. Ils n’aspirent pas à vivre comme leurs aînés et encore moins à résider dans des établissements qui marquent trop le pas de l’arrivée dans le monde des seniors.

Ils sont à la recherche de proximité mais surtout de vraie vie en collectivité tout en leur permettant de rester autonomes le plus longtemps possible. Et je pense que Les Pénates répondent à tous ces points.

Concernant les enfants et petits-enfants, il faut les déculpabiliser de voir leurs parents ou grands-parents intégrer une maison avec d’autres seniors. Le fait de proposer des lieux de résidences type maisons de famille participent à atténuer cette « culpabilité ». Nous proposons également à nos résidents de nombreux moyens afin de conserver un lien très fort avec leur famille pendant leur vie aux Pénates.

Et quand les générations les plus jeunes viennent rendre visite à leurs parents ou grands-parents, ils ont un salon dédié à cela dans chaque maison. Ces moments d’intimité sont très importants. Nous essayons également de penser à certaines petites activités et aménagements pour les plus jeunes visiteurs.

Les Pénates

E.K : Pensez-vous qu’un tel projet aurait fait sens il y a 10 ou 20 ans ?

M.S : Cela rejoint ce que je disais un peu plus haut. Je ne pense pas. Les seniors d’hier n’avaient pas forcément la même attente que ceux d’aujourd’hui et de demain. C’est pour cela que les EHPAD et RSS de 80 à 100 personnes ont connu et connaissent toujours des taux de remplissage impressionnants. Ils recherchaient plus la tranquillité, la sécurité et le fait d’être entouré par du personnel qualifié. Cela rassurait la famille. Aujourd’hui, nous recherchons beaucoup plus le bien-être et le bien-vieillir, ce à quoi Les Pénates répondent plus.

E.K : Et, dans le futur, souhaiteriez-vous aller encore plus loin dans votre démarche ?

M.S : Aujourd’hui, nous avons plein d’idées afin d’aller un peu plus loin dans le concept, que ce soit au niveau de l’habitat lui-même, des services mais aussi autour du numérique et de l’analyse de datas qui peut apporter de grands avantages dans la vie des seniors. J’ai pour projet d’interroger un grand nombre de personnes d’ici la fin de l’année pour savoir où l’on peut mettre le curseur. Et nul doute que tout cela évoluera au fil des années.

Mais c’est une véritable chance aujourd’hui de pouvoir recueillir un maximum de données qui, grâce à l’intelligence artificielle, nous permettront de détecter une perte d’autonomie de plus en plus en amont et de pouvoir agir. 

Les Pénates

E.K : Pensez-vous que ce modèle est exportable à l’étranger ? On pense notamment à l’Asie ou l’Afrique, où les seniors vivent souvent avec leurs familles.

M.S : Ce modèle vient de l’étranger, alors oui, il est exportable ! Après, pour être très honnête, il faudrait que je me documente ou lance des études pour savoir si ce modèle peut être pertinent partout. Comme vous le dites, il y a de nombreuses cultures où les seniors reviennent vivre au domicile des enfants. Je ne sais pas si le coliving en dehors du cercle familial peut être adopté dans ces pays. A étudier !

E.K : Quel rôle a joué la Covid dans votre réflexion et sa mise en action ?

M.S : Alors dans un premier temps, je suis plutôt team « le » Covid.

Le Covid a retardé le projet de deux façons : au niveau de ma levée de fonds et de la frilosité des banques. J’estime avoir pris 6 mois de retard.

Ensuite le Covid est également à l’origine du développement et de l’accélération de l’habitat inclusif pour seniors. On en parle beaucoup en ce moment du fait de la remise de plusieurs rapports auprès du gouvernement qui recommandent d’accélérer le déploiement de ces nouvelles alternatives.

Les seniors ont beaucoup connu la solitude et l’isolement ces derniers mois et beaucoup souhaitent partager la retraite en communauté. Mais les grands complexes attirent moins et les seniors ne trouvent pas tous encore chaussure à leur pied dans les solutions proposées.

Et puis le Covid a également repensé un peu nos plans de maisons. Nous avons désormais intégré un robinet dans le hall d’entrée pour se laver tout de suite les mains et avons intégré un espace de stockage quand certains se font livrer courses ou colis pour les isoler. Cela sera forcément positif pour les autres épidémies telle la grippe.

E.K : Souhaitez-vous aborder un autre aspect du projet ?

M.S : Nous abordons le sujet de l’habitat inclusif dans sa globalité. Ainsi, nous proposons également à des groupes de seniors qui se connaissant déjà de les accompagner dans la création d’un clé en mains.

Nous offrons également la possibilité à des seniors vivant déjà en groupe d’adapter leurs logements selon notre charte et de leur apporter les services dont nos résidents bénéficient.

Pour finir, si des familles ou des collectivités sont propriétaires d’actifs qui sont sans exploitation et que les charges deviennent trop lourdes, nous pouvons les accompagner pour transformer ces maisons en habitat inclusif pour seniors.

E.K : Si nos lecteurs sont intéressés par le projet, comment et dans quel but peuvent-ils vous contacter ?

M.S : Alors ils peuvent tout d’abord se rendre sur notre site internet pour en savoir un peu plus : www.lespenates.co ou bien me contacter directement sur info@lespenates.co. Je serai ravi de répondre à leurs questions !

E.K : Maxime, merci pour votre partage !

EDOUARD KELLER
MANAGING DIRECTOR

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