C’est bien connu, la mode, la « fashion » est un secteur qui, certes fait rêver de par sa vocation à embellir le monde mais également par son inaccessibilité. Nous avons eu l’opportunité d’échanger avec un de ses acteurs, qui a bel et bien fait sa place dans le milieu en tant que styliste fashion editor et ne compte pas en rester là !

Voici donc la success story de Raphael Nicolas De Castro, 23 ans, dont le parcours atypique montre bien que détermination et passion peuvent réaliser de grandes choses.

Laura Fredel – Editorial Manager du Groupe Carlin International : Hello Raphaël ! Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours ? Raconte-nous comment es-tu passé de lycéen à ce que tu es aujourd’hui, c’est-à-dire styliste fashion editor qui a fait les cover stories et les éditoriaux de grands magazines internationaux ? 

Raphaël Nicolas de Castro – Styliste Fashion Editor : Bonjour, je suis Raphaël Nicolas de Castro, j’ai 23 ans et je suis styliste/ fashion editor free-lance  grâce aux femmes que j’ai rencontrées dans ma vie! Ma professeur de Latin, Gaëlle Tarisca, a été la première femme à me faire comprendre « ma sensibilité, mon goût pour l’esthétisme et les belles choses ». Je découvre la mode à l’âge de 16 ans. En seconde, je ne voulais pas passer mon premier mois de vacances à ne rien faire. En juin, c’est la fashion week, et quelqu’un avait posté ses invitations avec l’adresse de ses shows sur Twitter. J’arrive donc à mon premier show, hyper looké. Des photographes ont commencé à me prendre en photo. J’étais impressionné et un peu pétrifié par cette horde de photographes qui m’entourait ! Une hôtesse me voit et me demande : « mais qui êtes-vous ? Êtes-vous sur la liste ? ». Je lui réponds naïvement, au culot : « non, je suis Raphaël, j’ai 16 ans et je veux découvrir le milieu de la mode, et voir comment se déroule un show ». Elle m’a laissé passer, me place même au premier rang. Premier coup de chance car une rédactrice en chef ne pouvait pas venir. À mes côtés : Marie-France de la-couture.com, qui me demande à son tour : « mais qui êtes-vous ? », surprise je pense de voir un jeune de 16 ans inconnu au bataillon à ses côtés. Je réitère mon : « je m’appelle Raphaël, j’ai 16 ans et c’est mon premier show ». Elle me donne alors son calepin, et me dit de noter les inspirations du show. On a regroupé nos idées, et il s’avère que l’on avait noté les mêmes choses, si ce n’est que j’en avais notées plus ! Une fois le show fini, je l’ai suivie. Elle me dit qu’elle a besoin d’un assistant et me propose le job. C’était incroyable ! Elle m’apprenait à écrire des articles, à prendre des photos, elle m’emmenait en backstages et je rencontrais les designers. J’étais un peu la Andréa ou la Émilie du Diable s’habille en Prada. C’était la plus belle expérience de ma vie ! Par ailleurs, mes parents ne comprenaient absolument pas (mon père : tourneur fraiseur, chef d’équipe, et ma mère : assistante de direction). C’était un milieu qu’ils ne connaissaient pas et moi, à 16 ans, j’arrivais avec toutes mes invitations et tous ces cadeaux !

Je commençais à me dire “je peux peut-être vivre de ma passion“.

Puis tout s’est enchaîné assez vite : ça a commencé par un poste en tant qu’assistant chroniqueur mode streetstyle au Fashion Post, consistant à repérer des gens très lookés dans la rue et à les interviewer. À ce moment-là, j’ai commencé à ne plus voir d’intérêt à aller au lycée. Entre un TD à rendre le lundi et passer un week-end en show, il n’y avait aucun débat ! Au fur et à mesure, ce que je prenais plutôt comme un rêve commençait à prendre forme dans mon quotidien et je commençais à me dire “je peux peut-être vivre de ma passion“. J’ai commencé à assister des photographes dont Fanny Viguier : mon premier shooting photo. La révélation lorsque je suis arrivé sur le set, et que j’ai vu toute cette ambiance, cette agitation. C’est le moment où je me suis dit : “c’est là où je veux être et travailler“. 

J’ai fait ma première année d’études à Mod’art, mon premier stage en vente chez Yohji Yamamoto grâce à ma professeur d’organisation de défilé Christelle Languilla à qui je dois le plus grand et premier tournant de ma vie professionnelle. Je quitte mon école et je pars vendre chez Agnès B, Zadig et Voltaire, AMI, Stella McCartney, Salvatore Ferragamo, Balenciaga et Gucci. Le monde de la vente et du luxe a été mon premier champ de bataille, c’est là où j’ai pu faire mes armes. Je vendais une idée, un concept, du style aux femmes qui ouvraient les portes des boutiques avec et pour simple envie de découvrir la collection et qui repartaient avec les mains pleines de shopping bags. J’adorais vendre mais je rêvais de bien plus.

Avant de faire des grandes parutions, mon aventure dans le stylisme photo a débuté par des shootings tests pour des grandes agences de mannequins. La première bookeuse à croire en moi et à m’ouvrir les portes du milieu est Faustine Saint-Amans, auparavant chez Next Models maintenant co-directrice de l’agence Cover Models. J’allais chez Mad Vintage, j’empruntais des vêtements pour faire mes looks, et ça a très vite fonctionné : je commence à avoir ma signature et mon style intemporel plaît beaucoup. Je suis parti sur un coup de tête à Agadir avec Philippine Antoine, une amie photographe avec qui je faisais mes shootings tests. On a shooté Salima El Mahraoui en plein désert, signée en agence une semaine après le shooting. Le dernier look était sublime, on s’est mis à pleurer : un moment très fort !

Et puis arrive LA rencontre avec Vanessa Metz, fashion editor au Numéro Paris. Son assistant n’était pas disponible, elle m’a donné ma chance, une chance incroyable ! Durant tout le mois de décembre, je faisais les requests des looks qu’elle voulait pour ses deux éditoriaux shootés à Los Angeles. Je l’assiste également pour deux campagnes beauté YSL et Givenchy. J’avais accès à tous ses contacts mode et RP. Avant cela, j’en n’avais aucun. Je ne savais même pas comment rédiger un mail correctement ! C’était l’expérience la plus folle et la plus intense que j’ai pu vivre aussi bien professionnellement que émotionnellement.  Puis il y a eu la covid. À la fin du confinement, Numéro Russia a besoin de shootings. Ils me donnent ma chance : c’est mon premier édito shooté à L’île de Ré avec la top model Ophélie Guillermand qui deviendra ma première cover story avec la robe Versace de JLo. Et puis après ça, tout s’est enchaîné : Vogue Portugal, Harper’s Bazaar Ukraine, Harper’s Bazaar Kz, Numéro Russia, L’Officiel Hommes Paris, Italia, Baltics, Schön ! Magazine notamment.

Numéro Russia – Cover Story 

Harper’s Bazaar Ukraine – Cover Story 

L’Officiel Hommes Italia – Cover Story

L.F : Quel beau parcours !! Une belle détermination, et quelques anges gardiens sur ton chemin 😉 Mais si les portes se sont ouvertes aussi rapidement, c’est que tu as un œil créatif atypique. Peux-tu nous dire par quoi es-tu influencé en ce moment, où puises-tu tes inspirations ? 

R-N.C : Ce qui m’entoure m’inspire. L’art, la photographie, le savoir faire du luxe, le vêtement, la nature, mes amis, mais surtout les gens dans la rue. J’adore me poser en terrasse et regarder les gens marcher. Les femmes aussi bien différentes qu’elles peuvent être, m’inspirent énormément, leur gestuelle, leur attitude, leur tonalité de voix. Je trouve la femme sublime ! J’aime la femme sexy, exubérante et son glamour. Je vois la femme différemment je pense, d’un point de vue plus artistique. Et puis bien sûr je regarde beaucoup Instagram, mais il faut suivre les bonnes personnes, regarder le travail des autres sans trop s’en inspirer. Je ne pense pas être « tendance », je pense que l’intemporalité gagnera toujours. J’aime les belles choses, classiques, impactantes au premier regard. On retient et se souvient de ce qui dure dans le temps.

Numéro – Russia

Theet Magazine

L.F : Et en tant que Styliste Fashion Editor, dirais-tu que créer un storytelling, une narration au travers du décors ou des mannequins est le but premier de ton travail ?

R-N.C : Oui absolument ! C’est justement le détail qui compte. Je suis un grand rêveur et très storyteller, j’aime raconter des histoires. Par exemple, quand j’ai eu l’occasion de shooter la Haute Couture cinq mois après les défilés dans une maison et non en studio comme tout les magazines le font, j’ai directement senti la différence ! Une ambiance, un environnement, et une attitude se dégagent. Le storytelling n’est pas que dans une image. C’est dix à douze images, que l’on organise, que l’on regarde du début à la fin. Tout est millimétré. Si on prend le look de la page une et celui de la page dix, qu’on les met côte à côte, il faut que ce soit cohérent. C’est comme un roman.  

L.F : Tu as travaillé pour des magazines qui dominent le monde de la mode ou pour des marques de luxe de référence, dont les exigences égalent leur prestige. Quelles sont les étapes de validation de tes idées pour un shooting ?

R-N.C : Généralement je communique avec le photographe. Je contacte le magazine ou alors le magazine me contacte avec un thème. Par exemple en novembre, le thème du Vogue Poland est le mot courage. Immédiatement tout un champ lexical en découle dans ma tête. Je prends du recul et je me demande ce que j’ai vraiment envie de raconter. Ici, l’actualité politique fait écho en moi, et l’envie de shooter en pleine manifestation serait le plus intéressant, et aussi certainement le plus compliqué et dangereux. Je présente toujours mes looks au photographe, on valide ensemble, on cherche les keys locations et on réfléchit aux attitudes que l’on veut shooter. À la fin du shooting, je rends les samples (pièces/looks) puis on travaille sur l’editing, le lay-out (choix des photos) et on organise l’histoire. Le magazine valide ou pas pour publication. 

Pour les clients, généralement mon agent a un brief. C’est souvent une campagne, ou alors un lookbook. J’ai la collection de la marque et je travaille avec pour faire mes looks. Contrairement à l’édito mode, le droit du vêtement s’applique. Par exemple, si tu fais un shooting pour un lookbook shoes, il faut bien que les mannequins portent aussi des vêtements. C’est alors à moi de prendre des vêtements non reconnaissables par rapport au droit d’image des marques. Par exemple, je ne peux pas utiliser des pièces Louis Vuitton pour une campagne shoes Christian Louboutin. Là est l’une des complexité du métier de styliste en PUB.

Shooting Test – Talent Next Models

Harper’s Bazaar KZ – Haute Couture

Vogue Portugal – September issue

L.F : Et combien de temps peut durer un shooting ? 

R-N.C : Avant le shooting, je prends environ une semaine de réflexion avec le thème et le moodboard. J’aime bien prendre quelques jours à regarder tous les shows, à regarder et imaginer quels vêtements peuvent fonctionner ensemble. J’ai mes planches avec mes idées principales et je fais mes sélections. Je regroupe une trentaine de looks à envoyer aux bureaux de presse pour les requests. Ces demandes peuvent être assez longues (notamment pour les accessoires) ! J’essaye de faire en sorte qu’un shooting ne dure qu’un jour.  Le jour J tu arrives à 8 heures : les assistantes steament, les mannequins arrivent, se font maquiller, coiffer. Je montre mes looks aux équipes pour leur insuffler la direction artistique et on shoote. Quand c’est fini tu remballes tout et tu fais tes retours shopping.

L.F : Est-ce que ton métier te permet de voyager ? 

R-N.C : Je suis arrivé en plein covid donc c’est compliqué. J’ai déjà pu goûter au voyage avec le Maroc, donc je suis impatient de réitérer l’expérience ! Ce n’est encore que le commencement … 

Shooting Maroc

L.F : Oui bien sûr ! Et pour finir, parlons de tes projets… qu’envisages-tu pour le futur ? Où te vois-tu dans 10 ans ?

R-N.C : Je suis un storyteller. Grace Coddington, ancienne directrice artistique au Vogue US m’a beaucoup inspiré. Donc pourquoi pas suivre sa voie et devenir fashion editor pour un magazine. Je me vois aussi faire des campagnes mode, travailler avec des marques. Olivier Rousteing, Directeur Artistique de la maison Balmain, est également une grande inspiration. Quelle fierté quand il m’a reposté et follow sur Instagram, de lire ce “C’est magnifique! “. Ça fait du bien parce que je travaille beaucoup, je m’en tire les cheveux !

Harper’s Bazaar Ukraine

L.F : Un dernier mot pour la fin ?

R-N.C : Il ne faut jamais arrêter de rêver. Il faut y croire et continuer à ouvrir toutes les portes sur votre chemin, même celles qui vous semblent les plus fermées.  Recevoir un non, n’est pas une fatalité, c’est simplement la preuve que vous vous adressez à la mauvaise personne.

Good vibe, happy life et hard worker! Toujours.

Contact

Pour découvrir son travail, rendez-vous sur son site ou sur son compte @raphaelnicolasdc.

Représenté par : 
Eddy Moulai – Owner & CEO
T.Crew Agency – Artists MGMT & Production

Laura Fredel
Editorial Manager

Stéphanie Lu
HEAD OF SOCIAL MEDIA COMMUNICATION

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