Les effets sur la société

À la fin du mois de février, alors que la pandémie se répandait très rapidement en Chine, et que tous les pays européens étaient certains que “ça ne leur arriverait pas”, l’Italie devint le premier pays européen à faire face à la Covid-19. La diffusion de la contagion a commencé très vite et au début, nous n’avions pas eu le temps nécessaire pour réagir correctement. Le nombre de personnes nécessitant des soins intensifs doublait chaque jour et tous les hôpitaux du pays étaient sur le point de s’effondrer. À ce moment précis, l’Italie était vraiment seule. Le monde entier regardait le pays avec suspicion, tel le mauvais élève en matière de système de santé et de mesures de confinement, comme si le pays était mal préparé. Je me souviens des mots du Président Trump “nous ne voulons pas nous retrouver dans la position de l’Italie”. En une semaine l’Italie passa de “un des plus beaux pays du monde” à seulement “un endroit à éviter”.

Quand le confinement commença, le 9 mars (même dans les régions où il n’y avait pas encore de cas Covid), nous étions vraiment effrayés et sans espoir. Mais dans cette terrible situation, le people italien a adopté une forte et féroce réaction d’unité nationale. Pendant les phases du confinement, nous sommes passés par différents états d’esprit : au début, nous étions plein d’espoir, même si l’attitude naturelle italienne de socialité et d’humanité fut un peu effacée dans un second temps. Et cela, au niveau psychologique, fut vraiment difficile à accepter. À ce moment-là, les italiens, enfermés chez eux, trouvaient seulement du soulagement lors des courts instants de partage tels que le RDV quotidien de 18H sur les terrasses et balcons. Chanter ensemble et nous voir, même enfermés, semblait vraiment libérateur et nous faisait nous sentir plus proches et moins seuls. Les gens commencèrent à remplacer les connections sociales par les connections virtuelles: par exemple, les échanges de recettes sur les réseaux sociaux, les vidéos de nos activités de jardinage, nos sessions de sport etc. et même si (comme ce qui arriva dans le reste du monde), il y avait des cas de désobéissance aux règles du confinement, les italiens ont respecté un sévère et long confinement. Nous devions remplir une attestation de déplacement pour la police chaque fois que nous sortions de chez nous (pour prouver que nous sortions pour une des trois raisons admises et valables (santé, travail, faire ses courses).

Cependant, après le deuxième mois de confinement nous commencions vraiment à être fatigués et frustrés, les problèmes économiques pour la majorité de la population commencèrent à devenir évidents pendant que le nombre de morts atteignait un niveau impressionnant. (On a tous vu les images à la television des camions militaires ramenant des milliers de cercueils du Nord de l’Italie faute d’assez de places dans les cimetières ou crematoriums). Nous avons arrêté donc de chanter, nous avions perdu espoir et notre état d’esprit changea définitivement.

Les célébrités italiennes et d’importantes entreprises ont commencé à s’activer pour aider la nation :

  • Giorgio Armani a commencé à créer des masques à usage unique
  • Valentino, Gucci, Prada ont également produit des masques et donné beaucoup d’argent aux hôpitaux
  • Chiara Ferragni, une des influenceuses les plus importantes du monde (20.6 millions de followers) et son mari, le rappeur Fedez (10.7 millions de followers), ont collecté 4.5 millions d’euros via leurs followers en seulement quelques jours pour élargir les soins intensifs de l’unité San Raffaele à Milan.

@chiaraferragni

Dolce and Gabbana ont aidé l’hôpital Humanitas Research avec une énorme donation en faveur de la recherche contre le Covid. Beaucoup de chanteurs importants ont donné des concerts gratuits depuis leur salon, pour donner du baume au coeur aux gens et montrer que “nous sommes nous tous dans le même bateau”. Cette solidarité a été très appréciée et même multipliée par les italiens. Dans toutes les grandes villes comme Milan, Rome ou encore Naples, on a pu observer des paniers en osier remplis de nourriture et de biens essentiels, sortis sur beaucoup de balcons au niveau de la rue avec le message “Si tu peux, donne. Si tu as besoin, prends”. Et tous ces efforts nous ont amenés à la fin du confinement le 3 juin. La situation sanitaire est maintenant sous contrôle. En effet, nous n’avons plus que quelques personnes en soins intensifs et les hôpitaux pour cause de Covid sont presque vides, tandis que l’épidémie en Europe est encore effrayante et beaucoup de frères européens sont concernés par la nouvelle vague. Notre gouvernement continue d’être très conscient et précautionneux, et a décidé de prolonger l’état d’urgence pour réagir très rapidement en cas de nouvelle vague.

HABITUDES DE CONSOMMATION

Le confinement, bien sûr, a eu un énorme impact sur la consommation, surtout sur le “classique shopping”. Encore aujourd’hui, avec la fin du confinement, les boutiques traversent une dure période car les gens continuent de ne pas se rendre dans les magasins physiques. En effet, nous sommes toujours contraints de porter un masque dans les endroits clos (magasins, supermarchés, lieux publics…) et dans certains lieux avant d’entrer, nous devons faire la queue. Les gens continuent de contrôler les températures, de demander l’usage du gel hydroalcoolique et parfois d’utiliser des gants en plastique. Toutes ces exigences rendent l’expérience en magasin très stressante et peu plaisante pour beaucoup de gens.

C’est très aliénant par exemple, que dans une grande ville telle que Milan, la ville dans laquelle je vis (qui est probablement la ville la plus “addict au shopping et de la mode par excellence en Italie”), de se promener dans les rues et de sentir les magasins complètement vides. En revanche, le shopping en ligne a connu une impressionnante hausse. Même les gens pas très branchés technologie, se sont rapprochés de l’infinité de possibilités qu’Internet pouvait leur apporter. Un large nombre d’achat en ligne a été enregistré dans les secteurs tels que la food, soins personnels, beauté et make-up, décoration d’intérieure, jardinerie, high-tech et matériel de sport. 

La mode, au contraire, a connu une énorme baisse, les gens en télétravail n’ont pas besoin de trop s’habiller tous les jours, donc restent juste dans des pyjamas confortables. Ils ont quasiment passé leurs mois entiers de confinement portant de simples hoodies. Les soldes saisonnières ont déjà commencé, essayant de sauver autant que possible les volumes de ventes, mais c’est quasiment impossible. La seule catégorie de magasins qui semble avoir tire son épingle du jeu du confinement est celle des petits commerçants, tels que les épiceries, les boulangeries etc. qui ont aussi commencé avec un service de livraison, vraiment apprécié des clients.

TÉLÉTRAVAIL

Le télétravail est sûrement le changement le plus impactant de toute la période COVID, et également celui qui ouvre sur une toute nouvelle ère. Forcés par les mesures de confinement, les entreprises privées et publiques ont dû accepter le télétravail comme une possibilité. J’imagine qu’elles n’auraient jamais le “courage” (devrais-je dire la “vision” ?) d’essayer le télétravail sans la Covid-19. Cependant, maintenant c’est une réalité et il semblerait que beaucoup d’entreprises vont continuer d’envisager le télétravail comme une solution permanente. La productivité au travail n’a pas du tout diminuée (au contraire, les gens ne perdaient pas de temps et d’énergie à aller de chez eux au bureau). Du point de vue des entreprises, cela évite des dépenses telles que le prix de locations, de stationnement, de nettoyage, de sécurité, sanitaires etc. La position des salariés par rapport au télétravail est toujours un peu ambivalente : la majorité des gens sont très contents mais certains déclarent également être en manque du contact humain et de moments partagés entre collègues. C’est pour cela que la possibilité d’une approche mixe (télétravail + travail classique) va sûrement être le choix final. Nous avons toujours beaucoup de problèmes concernant l’école et l’éducation : les politiques et experts essayent de trouver la bonne solution afin que tout le monde revienne de manière sure à l’école en septembre, mais cela reste très compliqué.

Une autre “victime” des mesures du confinement et du télétravail est très certainement le secteur de la restauration. Comme la majorité des entreprises s’étaient mises au télétravail, les villes étaient vides, il n’y avait donc par conséquent, pas de “déjeuners dehors”. Les bars et restaurants ont enregistré un turnover de 70% avec l’effet négatif que nous pouvons bien imaginer. Ils étaient déjà très affectés par les mesures post-déconfinement (notamment le fait de laisser 2 mètres de distance entre chaque table, ce qui crée bien sûr une perte de profit non négligeable). Beaucoup d’entités entrepreneuriales, particulièrement les petites et les moyennes ont fait faillite. Les gens ont perdu leur travail et la situation économique devient plus compliquée de jour en jour.

L’éducation en ligne fut assez difficile en Italie, les écoles n’étaient pas préparées, tout comme les enseignants et beaucoup d’élèves n’avaient pas d’ordinateur à la maison. Tout cela a créé un fossé dont nous avons à nous occuper au plus vite.

TOURISME

Le tourisme est une autre réalité malmenée. De nature, l’Italie est un pays touristique. Nous recevons des millions de touristes chaque année, grâce à nos paysages splendides, nos sites historiques incomparables, notre héritage artistique, et évidemment parce que nous sommes les “maîtres de l’hospitalité” (bonne nourriture et visages souriants ne manquent jamais à l’appel). Mais bien sûr, cette épidémie a mis l’Italie dans la black liste et le tourisme est passé par une mauvaise phase de récession. Par chance cependant, l’Italie, qui avait bien entendu un tourisme étranger important, a pu aussi compter sur un tourisme national conséquent, ce qui sauve le secteur qui recommence à démarrer. Mais de toute évidence, les hôteliers, les compagnies aériennes et agences de voyage nécessitent de l’aide pour affronter cette période et ils espèrent que le gouvernement les accompagnera à faire revivre ce secteur.

FUTURES PERSPECTIVES

Comme le l’ai déjà évoqué, la situation sanitaire est sous contrôle et les Italiens retournent très lentement à leurs habitudes. La période des vacances nous aide à sentir une certaine facilité après tout, mais sans oublier que 45% des italiens ne sont pas partis en vacances, faute de moyens. Certaines personnes vont seulement de courts weekends près de chez eux.

Les grosses entreprises, pareillement que les familles, sont très précautionneuses en termes de dépenses et d’économies d’argent car ils savent que si une deuxième vague surgit, nous serons peut-être forcés à un nouveau confinement qui représenterait la fin de notre économie. L’investissement est très bas, les budgets sont bloqués car les gens veulent d’abord être sûrs d’avoir les ressources pour affronter une nouvelle période compliquée.

Une chose est sure, et qui a changé pour toujours, c’est ce sentiment général d’insécurité et de peur pour le futur. Nous avons très bien compris que l’équilibre entier du monde est quelque chose de très délicat et fragile et c’est seulement en mettant en place une politique commune de protection que nous pourrons assurer un futur sain et sur.

Personne ne se sauve tout seul.

ILARIA PIZZOFERRATO
AGENT italien - CARLIN CREATIVE

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