Source: @nouveaumodele.podcast

 

En septembre 2018, la journaliste Chloé Cohen lance « Nouveau Modèle », podcast sur « la mode responsable et engagée ». Un projet résolument positif, qui fait le choix d’inspirer le changement en montrant qu’il existe de véritables et nombreuses alternatives à la fast-fashion.

« L’action reste la meilleure façon de construire le monde de demain. Nous pouvons changer les choses, ensemble, mais pour ça il faut savoir que c’est possible et que des solutions existent.» peut-on lire sur le site.

Pour ce faire, lors de chaque épisode, Chloé Cohen brosse le portrait d’une femme engagée et démontre ainsi que mode, écologie et féminisme sont parfaitement compatibles et devraient même idéalement, toujours aller de pair.

Bonjour Chloé ! Pour commencer, pouvez-vous nous en dire plus sur qui vous a amené à la création du podcast Nouveau Modèle ?

Source : Chloé Cohen

Je vivais encore à New York quand j’ai créé Nouveau Modèle. J’étais correspondante pour la presse francophone, j’écrivais beaucoup d’articles d’analyse sur la présidence de Donald Trump. C’est un président sexiste, climato-sceptique, et en même temps je prenais de face et avec une certaine violence la société de consommation américaine. Je pense que tous ces facteurs ont contribué à mon éveil écologique et féministe (qui était là mais pas assez revendiqué). J’ai aussi découvert l’univers du podcast aux États-Unis, j’ai suivi la spécialisation radio à l’École supérieure de journalisme de Lille, c’est un média que j’affectionne particulièrement.

Donc j’ai voulu créer mon propre podcast, pour avoir mon espace de discussion et choisir mes sujets et invitées. La mode responsable s’est imposée rapidement : c’était un sujet encore peu traité (en tout cas, peu de personnes dans mon entourage avaient conscience des enjeux de cette industrie), donc j’ai souhaité informer, de façon positive, sur l’industrie textile : montrer qu’on pouvait consommer autrement.

Votre prise de conscience de la nécessité de l’éco-responsabilité dans la mode a-t-elle été brutale ou progressive ? Quelles en ont été les grandes étapes ?

Progressive ! Adolescente, j’étais mal dans ma peau, j’étais très grande, je faisais une tête de plus que tout le monde, et j’avais l’impression que les vêtements m’aidaient à me sentir mieux. C’était faux évidemment, mais j’achetais beaucoup de vêtements de fast-fashion. Puis, il y a eu le drame du Rana Plaza et lorsque j’étais stagiaire au Parisien (c’était en 2016 je crois), il y a eu un événement en lien avec le Rana Plaza, je ne me souviens plus de quoi il s’agit précisément, mais j’ai travaillé sur ce sujet et j’ai pris conscience des dérives de l’industrie textile. C’était une première prise de conscience.

Ensuite, il y a eu le documentaire The True Cost, une véritable claque, puis des conférences, des articles, d’autres documentaires… J’avais mis le doigt dans l’engrenage, j’étais incapable de revenir en arrière et de faire comme si je ne savais pas. Donc j’ai commencé à regarder s’il existait des alternatives pour m’habiller et j’ai découvert tout un monde nouveau de marques responsables.

Source : The True Cost

Droits humains, pollution, droits des animaux : de nombreux critères rentrent en compte dans la définition de la « mode éthique », une définition qui varie souvent d’une personne à l’autre. Quelle est la vôtre ?

Source: @nouveaumodele.podcast

Oui c’est vrai, chacun place le curseur sur ce qui lui semble important. Je pense néanmoins qu’il y a de grands principes : une marque qui ne fait pas attention aux ateliers dans lesquels elle produit ne peut pas être responsable, une marque qui produit d’énormes quantités de vêtements et qui gaspille ne peut pas être responsable. Donc je dirais que la mode éthique, c’est une mode qui prend soin des gens et de la planète, c’est une mode transparente, qui dit ce qu’elle fait de bien et surtout ce qu’elle fait de moins bien. C’est une mode humaine et honnête aussi.  

Car dans la mode éthique, certes il y a la production de vêtements, mais il y a aussi les entreprises derrière, et là aussi l’éthique doit être prise en compte.

Depuis maintenant près de deux ans, vous brossez chaque mercredi dans Nouveau Modèle, le portrait d’une femme engagée. Entre Antoinette Guhl, adjointe à la Maire de Paris, Claire Suco, fondatrice de la marque de vêtements Meuf Paris ou encore Louise Aubery du compte Instagram @mybetterself, étudiante et jeune créatrice d’une marque de lingerie inclusive, vous avez reçu des profils très différents. Comment choisissez-vous vous les femmes que vous interviewez ? Quels sujets abordez-vous ensemble ?

C’est une question qu’on me pose souvent : je choisis mes invitées d’abord avec mon intuition. Ensuite, j’échange avec elles pour vérifier que l’engagement mis en avant avec leur projet est réel et est aussi présent dans leur quotidien. J’essaie aussi de diversifier les profils, entre des créatrices, des militantes, des mannequins… c’est très important de dresser un portrait global de l’industrie textile. Je ne donne la parole qu’aux femmes. Il y a une certaine forme de radicalité dans ce choix que certain.es ont du mal à comprendre, mais le jour où les femmes auront autant la parole que les hommes alors peut-être que je pourrai changer mon fusil d’épaule. Malheureusement, on n’y est pas encore.

Source: @nouveaumodele.podcast

Pour les sujets, évidemment nous parlons de leurs projets, mais j’ai surtout envie de leur donner la parole en tant que femmes engagées, de comprendre d’où elles viennent, de comprendre leurs combats, leur parcours.

Nouveau Modèle ne se limite d’ailleurs pas à ces portraits ! On trouve notamment sur votre site une rubrique « bonne nouvelles » et le « Challenge 11 jours ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ces contenus ?

Les « bonnes nouvelles », c’est un autre format de podcast, plus récent, assez court (moins de 10 minutes) sous la forme d’une revue de presse. L’objectif c’est de montrer qu’il y a des bonnes nouvelles – on est constamment inondé de nouvelles négatives et anxiogènes – pour la planète, pour les droits des femmes et pour l’industrie textile.

Et le Challenge 11 jours, c’est un challenge que j’ai imaginé pour aider celles et ceux qui voudraient changer leur façon de consommer.

Source: @nouveaumodele.podcast

Ce n’est pas forcément évident de savoir par où commencer, et ce challenge de 11 jours c’est un cheminement : on commence avec quelques chiffres pour comprendre les enjeux de l’industrie textile, on continue avec quelques conseils pour connaître sa garde-robe et éviter d’acheter de façon compulsive, et on termine avec des informations détaillées sur les matières et les labels. Ce n’est pas exhaustif mais c’est un point de départ pour donner envie aux gens de faire le premier pas pour adopter une garde-robe plus responsable.

Si vous deviez donner 3 grands conseils pour consommer responsable, quels seraient-ils ?

Source: @nouveaumodele.podcast

Déjà, bien connaître sa garde-robe : il est important de savoir ce qu’on porte et ce qu’on ne porte plus (pour faire du tri). Ensuite, acheter seulement en cas de besoin, et prendre le temps, réfléchir plusieurs semaines, plusieurs mois avant d’acheter un vêtement ou des accessoires. Le troisième conseil serait de se renseigner sur les matières et les labels pour être en mesure de faire des choix, et en cas de doute sur le processus de fabrication, il ne faut pas hésiter à poser des questions aux marques.

Quelles sont les marques de mode éco-responsables que vous préférez ?

Très honnêtement, toutes les marques que j’interroge sont des marques que je pourrais porter. En ce moment, j’aime beaucoup les accessoires de Rive Droite (pour les vacances), les nouvelles collections de Mister k. (ce sont des réservations, la marque produit seulement ce qui est commandé, pas de gaspillage donc). J’aime aussi beaucoup Patine, Balzac (pour ses jeans ou shorts en jean responsables) ou Coco Frio pour les maillots de bain. J’aime aussi énormément la marque anglaise People Tree.

Début mai, vous avez lancé un appel aux dons pour Nouveau Modèle en annonçant que la moitié des dons collectés sera reversée chaque mois à la Maison des Femmes de Saint-Denis. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet appel et sur ce nouvel engagement ?

Avec le podcast, je mets en avant des femmes engagées dans leur quotidien. Et je me suis demandée ce que moi je pouvais faire de plus dans mon engagement personnel. J’ai beaucoup parlé de la Maison des femmes de Saint-Denis avec mes invitées, et ce projet m’ a vraiment touché. Pour faire vivre le podcast, payer ne serait-ce que les abonnements pour les plateformes de diffusion, j’ai besoin de gagner de l’argent. Je ne vis pas encore avec Nouveau Modèle. J’ai des sponsors de temps en temps, mais du coup j’ai mis en place en plus un système de dons : soit des dons ponctuels, soit des dons mensuels comme sous la forme d’un abonnement. Et ça va de 2 euros à 10 euros, chacun choisit ce qu’il/elle veut et peut donner. Et la moitié de ces dons sera reversée chaque mois à la Maison des femmes. Ce mois-ci par exemple, je vais pouvoir donner 30 euros. C’est encore très peu, mais j’espère que petit à petit je pourrai contribuer un peu plus à ce magnifique projet.

Source image: @lamaisondesfemmes93

On ressent dans Nouveau Modèle une vision réaliste mais profondément positive :

« les vérités sont importantes à dire, oui la planète va mal, oui les droits humains et notamment ceux des femmes sont menacées, mais non il n’est pas trop tard. Nous pouvons encore agir, agir à notre échelle ! » peut-on ainsi lire sur votre site.

Après bientôt un mois de dé-confinement, comment vous le voyez désormais, ce « monde d’après »?

Source image: @lamaisondesfemmes93

Avec l’élan de solidarité des débuts et les prises de parole engagées, j’étais très positive. Mais on le voit aujourd’hui, les deux mois de confinement n’ont pas produit le changement tant espéré des mentalités. C’est normal je pense, deux mois c’est à la fois beaucoup quand on est enfermé, mais c’est peu pour changer notre façon de vivre globalement. Je reste quand même positive, des choses bougent, même si c’est encore trop lentement à mon goût. Nos personnalités politiques ne sont pas suffisamment engagées, selon moi (il y a beaucoup de greenwashing) mais les élections municipales du 28 juin seront une belle occasion de voter pour la ville de demain. L’engagement local est extrêmement important.

J’ai dû mal à voir à quoi ressemblerait le « monde d’après », je pense que la prise de conscience qui avait commencé va continuer, peut-être s’accélérer pour certain.es, mais le chemin est encore long. En tout cas, les nouvelles générations de militant.es, de personnalités politiques (que vous entendrez de plus en plus sur le podcast) me permettent de garder l’espoir que le monde est en train de changer.

Merci beaucoup Chloé Cohen, pour ces éclairages précieux et inspirants.

Retrouvez plus d’informations et suivez la belle aventure NOUVEAU MODELE (un nouvel épisode tous les mercredis) sur son site internet ou encore sur son compte Instagram dédié juste ici.

ALEXANDRA HOSTIER
ASSISTANT EDITOR

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