Du 24 au 27 mars se tenait la première  « Metaverse Fashion Week » (MVFW) dans l’espace virtuel Decentraland. L’événement a su faire intervenir de nombreuses marques et créateur.ices reconnu.es qui sont venu.es présenter des produits virtuels à vendre, dont certains peuvent être ensuite portés dans cet univers. Point de vue (critique) d’un étudiant, fan de mode et de jeux vidéo.

« Je dois vous avouer que je n’avais jamais entendu parler de Decentraland avant et pourtant on pourrait penser que, en tant que jeune de 22 ans qui aime la mode et qui est très (trop ?) actif sur les réseaux sociaux et les jeux vidéo, je sois la cible principale pour ce genre d’opération. Mais après avoir essayé de suivre cet évènement je n’ai qu’une question en tête : « Suis-je déjà trop vieux pour le web3 ? » 

« Ça ne vaut pas une bonne peinture votre 3D, là »

La vente d’objets virtuels n’est pas récente, cela fait plus d’une décennie qu’elle existe dans le milieu du jeu vidéo avec les « skins » qui permettent de personnaliser son avatar. Bien qu’elle puisse sembler veine, cette pratique trouve son sens car l’aspect esthétique du skin garantit sa popularité auprès de la communauté, en se basant sur le principe du « ah ouais stylé » venant des autres joueur.ses, ça fonctionne bien. Mais il faut garder en tête qu’un skin reste complémentaire du jeu auquel il est lié, personne ne va acheter un skin (même s’il est vraiment stylé) dans un jeu qui ne l’intéresse pas.
On a pu voir ainsi des skins venant de partenariats entre Jordan et le jeu Fortnite, Louis Vuitton et League of Legends ou encore dans le monde automobile entre le jeu Rocket League et différentes marques de voiture comme Lamborghini ou Aston Martin.

©louisvuitton.com

Viens alors mon premier doute concernant l’intérêt de Decentraland : ce n’est ni très beau ni très ludique. Ce qui laisse dubitatif quant à la pertinence d’y accueillir une Fashion Week pendant laquelle la création visuelle est au centre de l’attention.

Défilé Etro MVFW

Défilé Etro fashionweek 2022

« T’as des petits amis sur ton internet, là ? »

Deuxième doute quant à l’intérêt de Decentraland : il n’y a pas foule.

Selon l’affichage présenté sur Decentraland, il y avait seulement quelques milliers de personnes connectées sur les plus gros évènements de la MVFW, là où League of Legends présente une affluence mensuelle de 180 millions de joueur.ses en 2022. Ainsi, les skins sur des jeux vidéo gratuits me semblent bien plus efficaces pour promouvoir les marques car elles rajeunissent leur image tout en captant de nouvelles communautés nombreuses.

Et si la marque est désespérément attachée à l’idée d’être présente dans un metaverse, il est alors plus judicieux, je pense, de s’intégrer à ceux déjà populaires, comme le jeu Roblox. Ainsi, le jeu a accueilli Nike en y créant son propre monde ouvert et ludique : Nikeland.

©Roblox Nikeland

« Ça fait combien en franc? »

Comme souvent, lorsqu’un service paraît inutile, l’intérêt de Decentraland, et autre metaverse, réside principalement dans son système économique : tout objet virtuel y est présenté pour être vendu sous forme de NFTs via des crypto monnaies.

La cible du site devient alors claire pour moi : les « cryptobros ». Ces adeptes, presque exclusivement masculins, des crypto monnaies sont surnommés ainsi sur Twitter à cause de leur attitude de frat-boys qui sont plus que ravis de t’expliquer pourquoi tu dois à tout prix investir dans la crypto (alors que tu t’es contenté.e de tweeter que les yaourts achetés la veille t’ont fait dépasser ton budget étudiant.e pour le mois).

Pour eux, les doutes que j’ai pu émettre sont superflus : le site n’a pas besoin d’avoir un aspect social très poussé  puisque c’est une Marketplace, les objets qui y sont présentés n’ont pas besoin d’être esthétiquement plaisants car ils sont des tremplins vers des sites de mises en vente ou aux enchères de NFTs, comme UNXD (Dolce Gabanna) ou DRESSX (MTA), à partir desquels les « cryptobros » pourront spéculer à loisir.

Ainsi, malgré une communication de façade promettant de rendre le monde du luxe accessible à tous, le prix des NFTs des marques vendues commencent à déjà plusieurs centaines de dollars et peuvent dépasser l’équivalent d’un demi-million de dollars en crypto.

 Enchères de la marque numérique peu connue MTA sur le site DressX

« Moi aussi j’ai été jeune, vous savez ? »

N’ayant pas d’autre intérêt que la spéculation, et le minage des cryptomonnaies étant très énergivore, j’émets des réserves quant à la pertinence des NFTs et des metaverses basés sur cette technologie. Je ne dois pas être le seul de ma génération à en douter lorsque l’on voit les joueur.ses boycotter leur intégration dans les jeux vidéo et le « play to earn ».

Exemple de réponses critiques au tweet de GSC Game World annonçant l’introduction de NFTs dans « S.T.A.L.K.E.R 2 », le jeu abandonnera le projet quelques jours plus tard.

Peut-être alors effectivement, que ma génération est déjà dépassée par l’intérêt du web3 ou bien peut-être que pour la première fois les leaders d’internet (déjà souvent trentenaires !) ne savent plus faire face aux attentes de la « Gen Z ».

Jeunes trop âgé.es ou visionnaires presbytes, je trouve étonnement du réconfort dans l’idée que, peu importe la vitesse de l’évolution de notre monde, une constante reste : on finit tou.tes par être ringards… peut être juste plus tôt qu’avant.  

Alors que les métaverses et NFTs semblent peiner à convaincre et se populariser, voici quelques initiatives de l’insertion de marques dans le numérique qui m’ont bien plu (ou qui ont au moins le mérite à mon sens de mieux servir la mode). J’avais beaucoup aimé les présentations vidéo de collections durant les confinements qui permettaient de se plonger dans l’univers porté par la marque,  celle de Casablanca pour leur collection Grand Prix 2021 est vraiment à voir.

On peut également souligner le défilé en réalité virtuelle de Balenciaga pour leur ligne automne 2021 mais malheureusement uniquement réservé à 300 invités.

Et je ne peux pas ignorer les « lenses » de Snapchat qui permettent d’essayer des produits en réalité augmentée (« AR ») et ainsi se faire une idée précise de comment rendra le vêtement ou le make-up associé à nos tenues préférées. L’application a ainsi déjà collaboré avec plusieurs marques de luxe comme Prada ou Gucci, et lance en 2022 un système de « shopping lens» permettant d’acheter directement via l’application les produits testés en AR, très pratique notamment pour le maquillage.

OROSE

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