Alors que nous organisions une conférence sur le thème du « color thinking » ce 20 septembre, penchons-nous sur une couleur aussi riche que subversive, dont les ambivalences et les perceptions changeantes fascinent : le rose !

« Pink : the history of a punk, pretty, powerful colour » – Valerie Steele

Teintant ces deux dernières semaines nos « color of the week », le « Palest Pink » succédant au « Pomelo », le rose se décline dans une multitude de nuances. Candide et transgressive, mièvre ou vulgaire, du symbole de la féminité au millenium pink sans frontière de genres, la perception du rose n’a cessé d’évoluer drastiquement et cette complexité fait ainsi l’objet d’une exposition au FIT Museum à New York, pensée par l’historienne de la mode Valerie Steele.

Luca Khouri

Hanna Rückert

UNE NUANCE DIFFICILE À CERNER

En Occident, le rose est passé d’un extrême à l’autre au cours des trois derniers siècles et sa relation avec le genre est mouvante.

Le rose a mis du temps à s’émanciper du rouge et à être considéré comme une couleur à part entière. Son lien avec le rouge, couleur du sang, de l’uniforme des soldats, en faisait une couleur liée à la force des hommes et au pouvoir de décision. C’est avec le mouvement Romantique, au 18ème que le rose s’est éloigné du rouge. « Il a acquis la symbolique de la tendresse (cest un rouge atténué, dépouillé de son caractère guerrier), de la douceur (on dit encore « voir la vie en rose ») explique Pastoureau dans le Petit Livre des Couleurs. « Avec son versant négatif, la mièvrerie (lexpression « à leau de rose » date du 19ème). »

 » Le petit livre des couleurs  »  Michel Pastoureau et Dominique Simonnet

Ce n’est qu’au 20ème siècle que le rose devient le symbole d’une hyper-féminisation. Si l’univers des jouets des petites filles est essentiellement rose, chez Mattel, c’est une marque de fabrique. Dans les années 80-90, sous l’égide de la légendaire poupée Barbie, véhiculant une image irréelle du corps des femmes, le rose flashy devient la couleur « girly », conjuguée ainsi quasi uniquement au féminin.

« Forever Young » – Exposition au musée de la mode d’Hasselt

Fashion Show « the Line 13 of the future » by the students of Casa93 – Eric Garault

Retour vers le pastel – le rose millenium

En 2007, la marque suédoise d’avant-garde Acne Studios a lancé ses sacs à provisions couleur saumon ; sentant le mouvement, Apple a lancé son premier iPhone Rose Gold fin 2015. En 2017, le « rose millenial » conquiert la planète et les feeds Instagram de tous les influencers, en se positionnant comme une couleur neutre par rapport au genre.

UN ROSE POLITIQUE

Le rose s’est ainsi émancipé de la notion d’inoffensif, d’innocence et prend un virage politique. On remarque l’apparition récente de la couleur dans un certain nombre de manifestations militantes, depuis les pussyhats roses des marches anti-Trump aux États-Unis jusqu’au gang Gulabi en Inde, ou au triangle encore utilisé aujourd’hui par certaines associations LGBTQ (comme Act Up).

Un « Pink Power » par exemple revendiqué dans le pop-up store ouvert récemment par le magazine Paulette dont la scénographie « all pink » a été réalisée par l’artiste Garance Vallée.

Pop up ouvert du 15 au 2 septembre, 126 rue de Turenne 75003 Paris – Instagram @paulette

A l’intérieur, la tendance Rose s’étend même au Fooding, avec des collaborations avec Season et Dear Muesli.

Instagram @paulette

Finalement, à la fois douce et forte, féminine et androgyne, le rose est une couleur puissante qui transcende ses contradictions pour mieux continuer à nous surprendre !

ALEXANDRA HOSTIER
ASSISTANT EDITOR

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