RESAP PARIS

Cette semaine marque le début du dé-confinement, une période remplie tout autant d’incertitudes que de potentialités. Un tournant, on l’espère, bien plus qu’un simple retour en arrière. Pour marquer ce passage, pourquoi ne pas laisser la parole à de jeunes entrepreneuses qui participent activement, via leur projet, à la création d’un monde différent ? Nous avons ainsi eu l’opportunité de discuter avec les deux fondatrices du projet RESAP Paris, un tout nouvel acteur sur le marché de la mode éco-responsable, porté par la volonté de sensibiliser aux enjeux de la seconde main et de remettre l’humain et l’inclusivité au coeur du vêtement.

Bonjour Daphné et Mona ! Pour commencer, pouvez-vous nous définir votre projet : qu’est-ce que RESAP Paris, et comment l’idée de sa création s’est-elle formée ?

RESAP Paris est une marque de vêtements de seconde main revalorisés. Par « revalorisés », on entend : remis à neuf, retouchés, réparés, customisés ou encore upcyclés ! Cela englobe tous les processus qui permettent de faire du neuf avec du vieux. L’objectif premier étant de ne pas produire de nouvelle matière première ; faire avec l’existant ! Avec RESAP Paris, on souhaiterait inculquer à notre génération l’état d’esprit du REPAIR & REUSE, l’importance de chérir ce que l’on possède déjà.

Daphné et Mona

RESAP est née avant tout de la volonté de donner du sens à notre quotidien, de créer un métier en conformité avec nos valeurs et qui nous permet d’avoir un impact concret et positif sur notre société. L’idée de sa création s’est formée à la suite de prises de consciences progressives sur l’industrie de la mode, entre les conditions de travail catastrophiques et l’impact environnemental grave… Puis au fil de discussions, il y a eu cette envie de passer d’observateur à acteur du changement. Plus, on discutait, plus on en apprenait, plus il était difficile de réprimer de cette volonté féroce de passer à l’action.

Pouvez-vous vous présenter et nous en dire plus sur la répartition des rôles, l’apport de chacune au projet ?

Mona

Je m’appelle Mona, j’ai 23 ans et je ne suis pas encore diplômée de ma formation d’ingénieur. J’ai toujours été passionnée de mode et fascinée par les relations humaines. J’ai eu plusieurs expériences professionnelles dans la mode : dans une grande Maison de Luxe, mais aussi pour le podcast « Entreprendre dans la mode » d’Adrien Garcia. Ces dernières m’ont permis de me rendre compte que j’avais soif d’avoir plus d’impact, j’avais soif de créer, d’entreprendre, de donner naissance à un projet plus grand que moi. Aujourd’hui, RESAP Paris c’est avant tout pour moi la possibilité d’avoir une voix et de pouvoir m’exprimer plus fort dans le monde dans lequel on vit. Je m’occupe de la partie style, développement de produit, et communication dans le projet.

Et moi c’est Daphné, 26 ans, je suis ingénieure de formation, c’est d’ailleurs à l’école que j’ai rencontré Mona. Ma première expérience professionnelle dans une banque m’a ouvert les yeux sur ma quête de sens et notamment ma volonté de contribuer à un projet impactant. Naturellement sensible aux combats sociaux et environnementaux de notre époque, au fur et à mesure de ma prise de conscience de l’état actuel de l’industrie du textile, entreprendre dans ce secteur est apparu comme une évidence. Entreprendre avec RESAP, c’est ma façon d’apporter la justice sociale et environnementale à plus grande échelle. Au sein du projet, je suis responsable de la relation avec les couturiers et les partenaires.

 Daphné

Sur votre site internet, on peut lire : « des collections composées de vêtements de seconde main sélectionnées et revalorisées avec amour ». Comment cela fonctionne concrètement, les différentes étapes de la création d’une collection RESAP ?

Nous créons comme une marque de mode, bien que nous ne suivons pas leurs calendriers ! Nous réalisons des mood boards d’inspirations en fonction des tendances et nous établissons un plan de collection. Ensuite, dans une démarche d’upcyling, nous recherchons les pièces présentes en assez grande quantité sur le marché de la seconde main qui pourront nous servir de matière première, pour construire nos modèles.

RESAP PARIS

Nous créons des patrons pour pouvoir proposer une offre qui pourra satisfaire un certain nombre. Ainsi, nos pièces de notre gamme UPCYCLING sont réalisées en séries, mais elles sont absolument toutes uniques puisque pour chacune, la matière première provient de produits existants différents. Par exemple, cet été, nous allons réaliser des blouses blanches faites à partir de chemises préalablement collectées. Nous complétons par la suite nos collections avec une gamme REPAIR & REUSE, composée de vêtements de seconde main que nous réparons. Ces produits ont été chinés ou proviennent de dons de particuliers. Chaque pièce est ensuite analysée avec soin, avec l’aide d’un couturier, avant d’être réparée au besoin. Pour la première collection, il s’agissait de magnifiques blazer vintage. Ce sont nos couturiers qui se chargent de faire tout ce travail de remise à neuf et d’upcycling, ils sont incroyables ! Nous structurons toute la marque et l’identité de RESAP Paris, mais ce sont eux qui détiennent le savoir-faire et qui redonnent vie à une matière première ou à un vêtement.

Vous vous définissez comme une « Maison de seconde main » : pouvez-vous nous en dire plus sur ce positionnement au sein du marché de la mode éco-responsable ?

RESAP PARIS

« Maison de seconde main » est pour nous une appellation qui a pour objectif de redonner de la valeur au marché du réemploi. Le terme « Maison » concerne l’univers de la mode, parce que nous faisons avant tout de la mode et nous recherchons le beau et la qualité. Allier ces deux termes, c’est démontrer que la seconde main peut aussi être qualitative, soignée et reposer sur un véritable savoir-faire. Aujourd’hui, la seconde main revalorisée et l’upcycling doivent s’imposer dans les nouveaux paysages de la mode. On cherche à révolutionner cette industrie, et cela commence par déconstruire l’existant, recréer un modèle et faire évoluer les modes de pensée. « Maison de mode » et « seconde main » ne sont plus des antonymes ! À partir de maintenant, ils appartiennent au même champ lexical.

Dans les grands piliers de RESAP, on retrouve également une volonté de remettre l’humain au cœur du vêtement. Pouvez-vous nous expliquer comment cela se traduit concrètement, comment est-ce que vous travaillez avec vos couturiers ?

RESAP PARIS

En effet, l’inclusion et la mixité sociale constituent l’un des piliers de RESAP Paris. Derrière ces notions, il y a la lutte pour l’inclusion des minorités en France. Nous souhaitons être des acteurs de ce mouvement, que nous connaissons dans notre vie quotidienne, car nous appartenons à des minorités. Notre ambition est de construire un modèle d’inclusion sans discrimination, et de créer des opportunités pour tous. Plus concrètement, nous avons donc cherché à travailler avec des couturiers de tout horizon : nouveaux arrivants en France, tout comme des jeunes couturiers talentueux, parfois autodidactes.

Notre objectif est de créer une communauté avec une vraie mixité sociale et ethnique et mettre en lumière des personnes qui ne sont habituellement pas sur le devant de la scène. Mais aussi faire en sorte que toutes ces personnes se rencontrent, partagent et apprennent ensemble. Avec ces talents, on travaille en co-construction, l’intelligence collective étant pour nous un vecteur de réussite. On propose, on n’impose pas. On sollicite leur avis, et surtout, on fait appel à leur expertise. Ce sont eux les véritables joyaux de RESAP Paris. C’est pourquoi sur les vêtements sont cousus une étiquette portant leur prénom, pour nous c’était important d’humaniser le produit, de permettre au client final de prendre conscience qu’il y a une personne derrière chaque produit. Un aspect bien trop souvent oublié dans l’industrie de la mode…

RESAP PARIS

Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme de pré-incubation de SINGA Paris auquel vous avez participé ?

SINGA est une association qui crée des outils pour que chacun – nouveaux arrivants et membres de la société d’accueil – puisse construire des projets sociaux, professionnels et entrepreneuriaux. Lorsque l’idée de travailler avec des couturiers nouveaux arrivants en France est apparue, ça a été une évidence pour nous de rentrer en contact avec SINGA avec qui nous partagions beaucoup de valeurs. Dans le programme de pré-incubation, il y a un atelier chaque semaine sur une thématique entrepreneuriale permettant de faire avancer son projet sur le plan stratégique, financier et légal. C’était une superbe expérience où on a pu rencontrer d’autres entrepreneurs venant des quatre coins du monde.

Vous avez à coeur de partager votre aventure entrepreneuriale avec votre communauté. Vous parlez d’ailleurs beaucoup de la notion de « Social Calling » : c’est quoi pour vous entreprendre dans la mode en 2020 ?

Le « Social Calling » est une notion qui nous tient en effet tout particulièrement à cœur, c’est ce « déclic pour agir » permettant de contribuer à un monde meilleur, une notion forte qui nous rassemble toutes les deux. En 2020, entreprendre dans la mode, c’est plus que de créer une nouvelle façon de se vêtir. C’est une convergence des luttes. C’est être une voix, un porte-parole pour ceux et celles qui n’en ont pas ou qui en ont été privés. Une voix qui dit qu’aujourd’hui, on doit avoir conscience de l’impact de nos achats au quotidien, du fait que ces derniers participent à l’esclavage moderne ou encore au dérèglement climatique. Qu’on doit se réveiller et réapprendre à consommer. C’est donc aussi libérer la parole, partager, enseigner et ainsi éveiller les consciences.

RESAP PARIS

Si vous ne deviez en choisir qu’un, quel conseil donneriez-vous à de jeunes auto entrepreneurs qui se lancent, comme vous ?

Nous sommes encore de très jeunes entrepreneuses, nous avons débuté l’aventure il n’y a que quelques mois. Mais on peut déjà vous dire que l’importance repose sur le passage à l’action ! Pour ceux qui commence un projet, ne restez pas enfermés chez vous sur un business plan, confrontez vos idées au monde extérieur et passez à l’action, même si vous n’êtes pas sûrs de ce que vous faites : c’est en faisant qu’on avance. Et surtout, acceptez d’être débutant et que tout ce que vous allez faire ne sera pas parfait.

La toute première collection RESAP devait être présentée dans un pop-up store lancé le 19 mars, qui a malheureusement dû être annulé. Comment, en tant que toute jeune entreprise, avez-vous géré cette nouvelle et cette période de confinement ?

Étonnement bien, même si on était forcément très déçues de ne pas pouvoir lancer la première collection et de rencontrer nos premières clientes. On a préféré voir le confinement comme une belle opportunité pour affiner notre concept et échanger avec notre communauté. Pendant cette période, on a été très présentes sur Instagram et on a adoré organiser nos « challenges créatifs » pour pousser notre communauté à se lancer concrètement et à produire eux-mêmes des pièces upcyclées à partir de ce qu’ils avaient dans leurs placards. Ces challenges ont été de réels succès. On est très fières d’avoir vu notre communauté grandir, progresser en couture et surtout devenir à son tour ambassadrice de l’upcycling. Au delà de ces challenges, on a également proposé du contenu sur la mode et ses enjeux, la seconde main, mais aussi sur l’entrepreneuriat et le développement personnel.

RESAP PARIS

Avec le confinement, on a pris beaucoup de recul sur notre projet, et on a vu encore plus grand sur tout ce que pouvait être RESAP Paris.

Cette semaine marque le début du dé-confinement : comment vous l’imaginez, ce « monde d’après » ?

On espère qu’il y aura plus de gratitude, la gratitude de vivre dans un pays qui nous donne le droit en temps normal, de se déplacer librement, de voyager partout dans le monde, de voir ses proches… On espère que l’on prendra plus le temps d’apprécier le moment présent, de prendre conscience de tout ce que l’on possède. On espère qu’après ce dé-confinement on sera plus reconnaissants, tout simplement.

Quel sont vos projets post-confinement, vos objectifs de développement pour RESAP cette année ?

Cette année, on a pour objectif de créer la « RESAP FAMILY », notre collectif de couturiers et d’experts avec qui nous développons le projet main dans la main. On cherche à former une communauté de personnes bienveillantes qui partagent les valeurs de RESAP : AIMER, VALORISER, RASSEMBLER. On a également programmé le lancement de la première collection fin juillet sur le thème « blanc & denim » ! On croise les doigts pour qu’on puisse se retrouver en toute sécurité. On a hâte de partager ça avec tout le monde, on est un peu stressées aussi, il faut se l’avouer, mais surtout très impatientes. On a beaucoup cogité pendant ce confinement, on a beaucoup de nouveaux projets intrinsèques à RESAP qui se montent en parallèle, alors, « Stay Tuned »! Il y a de très belles choses qui arrivent.

RESAP PARIS

Merci beaucoup Mona et Daphné, pour vos réponses et partages inspirants.

Retrouvez plus d’informations et suivez la belle aventure RESAP Paris sur leur site internet ou encore sur leur compte Instagram juste ici.

ALEXANDRA HOSTIER
ASSISTANT EDITOR

contact us

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.